La photographie Primitive - Renouons avec les vieux clichés [13/05/2008]
Les daguerréotypes, négatifs en tous genres et tirages anciens racontent le XIXème siècle autant que l’histoire du médium photographique. Le prix des œuvres, qui sont aussi des documents historiques, dépend de plusieurs critères : l’état de conservation d'une part, l’intérêt ou la rareté du sujet, la beauté du cliché et, bien sûr, la notoriété du photographe. Pour traquer les rares pièces réunissant toutes ces qualités, les amateurs sont particulièrement sensibles aux dispersions de collections privées. Le marché de la photographie XIXème sursaute donc à chaque nouvelle de ce genre, occasion d’enchérir sur des clichés majeurs de 100 ans ou 150 ans d’âge conservés avec soin.
Sortie véritablement de l’ombre en 1999 lors de la dispersion de la collection André Jammes chez Sotheby’s, la photographie du XIXème siècle enregistrait alors des scores aussi élevés qu’inattendus. Galvanisés par ce marché neuf et en pleine inflation, les acheteurs firent valser les enchères pendant deux ans, générant une forte hausse (+191% en entre janvier 1999 et janvier 2001). Les prix ont grimpé vite, trop vite et sont retombés d’autant en 2001. Un pionnier de la photographie tel Gustave LE GRAY (1820-1884) n’a d’ailleurs jamais renoué avec les sommets de l’époque. En 1999, un collectionneur déboursait près de 720 000 euros pour sa Grande vague, Sète (460 000 livres sterling), décuplant son estimation !
Depuis, le meilleur score décroché pour un tirage de cette même Grande Vague culmine à 85 000 livres sterling, soit 600 000 euros de moins que le record de 1999.
Autre vente record, autre collection… de l’artiste cette fois puisque c’est la dispersion des archives de Joseph Philibert GIRAULT DE PRANGEY qui enregistrait le résultat le plus impressionnant des cinq dernières années : 500 000 livres sterling pour un daguerréotype de 1842, 113.Athènes, T(emple) de J(upiter) Olympien pris de l'Est (20 mai 2003, Christie's Londres). Elle réunissait toutes les qualités pour établir un record : son intérêt historique (prise 3 ans seulement après la naissance officielle du Daguerréotype), sa provenance (archives de l’artiste) et sa rareté (on ne connaît que deux daguerréotypes de ce temple dans les archives).
De tels sommets demeurent exceptionnels car la tendance se porte dorénavant sur les photographies modernes et contemporaines. Les pionniers du XIXè n’atteignent pas les sommets des stars de l’art actuels : rappelons les quelques 3 millions de dollars décrochés par le cliché de Cowboy de Richard PRINCE chez Sotheby’s NY en novembre 2007 sont loin des scores d’un Le Gray ou d’un Prangey.
Cette tendance se confirme en 2008. Le 7 avril dernier, Sotheby’s dispersait à New-York la collection Quillian. Des résultats a cinq et six chiffres furent enregistrés pour Édouard Denis BALDUS , Lewis CARROLL et Eugène ATGET . Baldus décrochait 49 000 dollars (31 000 euros) pour une vue du portail Ouest de la Cathédrale d’Amiens (1855). Il n’avait pas fait mieux depuis la vente Jammes en 1999 où ses Rochers en Auvergne triplait l’estimation pour un coup de marteau de 68 000 dollars.
Autre résultats notable de la vente du 7 avril : les 105 000 dollars (66 700 euros) pour le tirage albuminé Alexandra Kitchin par Lewis CARROLL (1832-1898). L’artiste n’avait plus passé la barrière symbolique des 100 000 dollars depuis 7 ans !
Ces résultats, certes honorables, sont timides en regard de ceux enregistrés le même jour pour les épreuves modernes de la collection Quillian. Contrairement aux clichés XIXème, les photos du XXème ont signé des records, notamment pour Edward Weston (Nude, 1,285 million de dollars), Paul Strand (Rebecca, 515 000 dollars), August Sander (Werkstudenten, 395 000 dollars), Richard Avedon (Marilyn Monroe, New York City, 365 000 dollars), Hans Bellmer (La Poupée, 260 000 dollars).
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